Sous-traitance industrielle · Guide technique
Traitements thermiques
Trempe, revenu, recuit, cémentation et nitruration : comprendre les procédés et maîtriser la qualité des pièces décolletées et usinées.

Changer les propriétés
Un cycle de chauffage et de refroidissement contrôlé modifie la microstructure et les performances du matériau.
Anticiper les déformations
Trempe, gradients de température et transformations métallurgiques peuvent affecter les dimensions finales.
Définir des contrôles
Nuance, état métallurgique, dureté, profondeur durcie et traçabilité doivent être précisés selon le besoin.
Guide complet
Dans ce dossier
Six parties pour choisir un traitement adapté à une pièce sur plan.
Le traitement thermique en trois idées
Les trois réflexes à avoir avant de lancer un lot de pièces.
Changer les propriétés
Un cycle de chauffage et de refroidissement contrôlé modifie la microstructure et les performances du matériau.
Anticiper les déformations
Trempe, gradients de température et transformations métallurgiques peuvent affecter les dimensions finales.
Définir des contrôles
Nuance, état métallurgique, dureté, profondeur durcie et traçabilité doivent être précisés selon le besoin.
Traitements thermiques : adapter les propriétés des pièces mécaniques
Après décolletage, tournage CNC ou fraisage, une pièce peut présenter la forme voulue sans posséder encore la dureté, la résistance à la fatigue, la ténacité ou la stabilité dimensionnelle attendues. Certaines applications imposent un traitement thermique, effectué avant, pendant ou après les principales étapes d'usinage.
Le traitement consiste à maîtriser un cycle de chauffage, de maintien et de refroidissement pour faire évoluer la structure métallurgique du matériau. Selon l'alliage et la méthode retenus, il peut adoucir le métal pour faciliter l'usinage, durcir une pièce, réduire certaines contraintes internes ou renforcer seulement sa zone superficielle.
Pour les donneurs d'ordres, l'enjeu dépasse le choix d'un four. Un arbre de transmission, une bague de guidage, un axe, un engrenage, une vis ou un composant de précision doit satisfaire des exigences après traitement, parfois après rectification, finition ou contrôle. Le choix du procédé influence directement les tolérances, les délais, le coût et le risque de non-conformité.
Ce dossier explique les procédés courants, leur compatibilité avec les familles de métaux et les informations à intégrer aux plans et aux demandes de prix. Il complète notre article « C'est quoi le décolletage ? » et notre guide « Traitements de surface ».
I. Comprendre le traitement thermique
1. Définition et objectifs
Un traitement thermique applique à un métal ou un alliage une succession contrôlée de températures et de durées, suivie d'un refroidissement adapté. Son objectif est de modifier l'état métallurgique et les propriétés du matériau, sans changer volontairement la géométrie définie au plan. Dans les faits, des variations dimensionnelles peuvent survenir.
Parmi les objectifs figurent l'augmentation de la dureté et de la résistance mécanique, l'amélioration de la ténacité, la réduction de contraintes internes, l'adoucissement avant déformation ou usinage, la stabilisation de certaines propriétés et la résistance à l'usure. Les bénéfices ne sont ni automatiques ni universels : ils dépendent de la nuance et du cycle réalisé.
2. Température, maintien, refroidissement : les trois variables
Le cycle repose sur la température atteinte par les pièces, la durée pendant laquelle elles y restent et la vitesse de refroidissement. L'atmosphère, la charge du four, la position des pièces et leur masse sont également importantes. Un refroidissement très rapide peut conduire à une structure dure dans certains aciers, mais aussi accentuer les déformations ou fissurations.
Il faut distinguer la température affichée par l'installation de la température réellement atteinte par le lot. La maîtrise des fours, l'étalonnage, la traçabilité du cycle et les sondes de contrôle prennent donc de l'importance pour les pièces critiques.
3. Structure métallurgique et comportement mécanique
Les phases et constituants présents dans les aciers, comme la ferrite, la perlite, la bainite, l'austénite ou la martensite, jouent sur les propriétés finales. La formation de martensite lors d'une trempe appropriée peut accroître sensiblement la dureté, mais rend généralement nécessaire un revenu adapté pour ajuster la ténacité.
Un acier inoxydable austénitique, un acier martensitique et un alliage d'aluminium ne répondent pas au même cycle. L'expression « métal trempé » ne décrit donc pas à elle seule l'état ou la qualité finale du produit.
4. Traitement dans la masse, superficiel ou thermochimique ?
- Dans la masse : le cycle cherche à modifier les propriétés dans une partie importante ou l'ensemble de la section, selon la trempabilité et la géométrie.
- Superficiel : seule une zone proche de la surface subit un chauffage et un durcissement localisés, par exemple par induction.
- Thermochimique : une diffusion d'éléments, notamment carbone ou azote, modifie la composition des couches superficielles avant ou pendant leur durcissement.
- Traitement de surface au sens des revêtements : anodisation, zingage ou nickelage relèvent d'une autre logique, souvent complémentaire.
5. À quel moment du processus industriel ?
Un recuit d'adoucissement peut précéder l'usinage. Une détente peut être réalisée entre ébauche et finition. Une trempe et un revenu peuvent précéder une rectification de précision. Une nitruration se pratique fréquemment sur des surfaces déjà proches de la géométrie finale, tout en anticipant les éventuelles variations dimensionnelles.
Ce séquencement doit être défini avec l'atelier et le traiteur thermique. Modifier l'ordre des opérations après validation du plan peut compromettre les dimensions, la rugosité ou l'état de surface attendu.
II. Les principaux traitements dans la masse
Ces procédés modifient les caractéristiques du métal par des cycles thermiques contrôlés. Les appellations qui suivent désignent des familles de traitements, et non des recettes universelles.
1. Recuit : adoucir et homogénéiser
Le recuit regroupe plusieurs traitements qui peuvent réduire la dureté, améliorer l'aptitude à l'usinage ou à la mise en forme et conduire à une structure plus adaptée aux opérations suivantes. Le cycle varie fortement selon le matériau, sa composition et le but recherché.
Pour des pièces décolletées, un état recuit peut faciliter certaines opérations de reprise. Mais la réduction de dureté n'est pas toujours compatible avec l'usage final : un autre traitement pourra être requis ensuite.
2. Normalisation des aciers
La normalisation comprend, pour les aciers adaptés, un chauffage au-dessus de températures de transformation puis un refroidissement à l'air dans des conditions définies. Elle vise souvent une structure plus régulière et peut préparer les étapes d'usinage ou de traitement ultérieures.
La nuance, les dimensions et l'état initial commandent l'effet obtenu. Il serait imprudent de recommander systématiquement une normalisation pour un acier déjà livré à un état métallurgique contractuellement défini.
3. Détente et réduction des contraintes internes
L'usinage, le soudage, les transformations antérieures ou certaines étapes de mise en forme peuvent introduire des contraintes résiduelles. Une détente thermique convenablement définie peut en réduire une partie et améliorer la stabilité lors des reprises d'usinage.
Elle ne garantit ni une absence totale de déformation ni une correction des défauts dimensionnels préexistants. Le traitement doit rester compatible avec les propriétés mécaniques déjà acquises.
4. Trempe des aciers
Pour un acier approprié, la trempe durcissante associe une austénitisation adaptée à un refroidissement suffisamment rapide pour obtenir la structure recherchée. Selon les pièces, les milieux de refroidissement peuvent comprendre huile, polymères, gaz ou d'autres techniques autorisées par le procédé.
La dureté à cœur dépend notamment de la composition chimique, de la trempabilité et de la section. Un acier faiblement trempable peut durcir en surface sans présenter les mêmes propriétés au centre d'une pièce massive. La trempe expose aussi à des risques de variation géométrique et de fissuration.
5. Revenu après trempe
Le revenu suit habituellement la trempe des aciers martensitiques pour ajuster la combinaison dureté–ténacité et réduire certaines fragilités. Un revenu trop faible, trop important ou inadapté au matériau peut modifier le niveau de résistance recherché.
Il ne faut pas confondre « trempe et revenu » avec la simple obtention de la dureté la plus élevée possible. Une pièce sollicitée en fatigue, en choc ou en flexion doit être spécifiée pour sa fonction réelle.
6. Traitements isothermes et variantes spécialisées
Des procédés comme la trempe bainitique et certains traitements isothermes peuvent être employés pour rechercher des microstructures et des combinaisons de propriétés particulières. Leur disponibilité et leur pertinence sont liées à la nuance, aux épaisseurs et aux équipements.
Ces options ne constituent pas automatiquement des solutions « sans déformation ». Le fournisseur doit documenter leur intérêt pour la pièce considérée, plutôt que promettre une précision absolue.
7. Traitements sous vide ou atmosphère contrôlée
Les fours sous vide et les atmosphères contrôlées servent notamment à limiter certains phénomènes d'oxydation ou de décarburation et à maîtriser le cycle selon le procédé. Ils peuvent être pertinents pour les pièces précises, les aciers d'outillage ou certains alliages sensibles.
« Sous vide » n'est toutefois pas synonyme de zéro déformation. Le chauffage, les gradients thermiques et la transformation du matériau conservent leurs effets. La capacité du four, le chargement et les paramètres doivent être évalués.
8. Vieillissement et durcissement structural
Certains alliages d'aluminium, de nickel ou des aciers inoxydables à durcissement par précipitation peuvent être renforcés par mise en solution et vieillissement. Des précipités se forment au cours d'un cycle défini, donnant au matériau les propriétés souhaitées.
Les états métallurgiques normalisés, notamment ceux spécifiés pour certains alliages d'aluminium, ne sont pas interchangeables. Le choix d'un vieillissement doit être lié à la nuance exacte, au certificat matière, à l'état de livraison et aux exigences contractuelles.
III. Durcissements superficiels et thermochimiques
L'objectif est souvent de combiner une surface résistante à l'usure et un cœur conservant une ténacité adaptée. Les mécanismes diffèrent profondément selon les procédés.
1. Cémentation et trempe
La cémentation enrichit en carbone la zone superficielle d'un acier convenablement choisi. Un durcissement ultérieur, généralement par trempe, peut produire une couche dure et un cœur aux propriétés distinctes. Le résultat est spécifié notamment par la dureté et la profondeur de couche durcie.
Applications envisageables : pignons, engrenages, axes ou arbres soumis à des contacts et des sollicitations mécaniques. Attention aux déformations de trempe, aux cotes des dentures et aux zones qui nécessitent une finition après traitement.
2. Carbonitruration
La carbonitruration introduit du carbone et de l'azote dans une couche de surface sous des conditions de traitement appropriées, en relation avec un durcissement ultérieur. Elle peut convenir à certaines petites pièces en série, mais le choix dépend de la nuance et des profondeurs fonctionnelles attendues.
Elle ne doit pas être confondue avec la nitrocarburation : les conditions métallurgiques et les objectifs ne sont pas identiques. Cette distinction figure dans la terminologie actuelle ISO 4885:2026.
3. Nitruration gazeuse ou plasma
La nitruration enrichit la zone superficielle en azote et forme, pour des aciers appropriés, des structures contenant des nitrures. Les procédés gazeux et plasma présentent des conditions et capacités différentes. Ils peuvent améliorer la dureté superficielle, le comportement à l'usure et certaines performances en fatigue selon la géométrie et la nuance.
Le traitement peut être conduit sans la trempe brutale typique d'une cémentation suivie de trempe, mais cela ne signifie pas qu'il ne modifie jamais les dimensions. Il faut préciser la profondeur de nitruration et, le cas échéant, les caractéristiques de la couche de combinaison.
4. Nitrocarburation et traitements combinés
La nitrocarburation apporte de l'azote et du carbone dans la zone superficielle dans des conditions distinctes de la carbonitruration. Elle peut être envisagée pour certaines pièces soumises au frottement ou à l'usure. Des variantes avec post-oxydation existent, mais doivent être spécifiées et contrôlées séparément.
Il ne faut pas promettre une résistance anticorrosion identique à celle d'un revêtement protecteur pour toutes les applications. Les résultats varient avec le matériau, l'état initial et l'environnement.
5. Trempe superficielle par induction
L'induction chauffe rapidement une région de la pièce au moyen d'un champ électromagnétique, suivie d'un refroidissement adapté. Elle peut durcir une portée, une denture ou un axe de manière localisée sur des aciers compatibles, tout en préservant davantage les caractéristiques du cœur.
Les géométries complexes, arêtes, diamètres très différents et zones masquées influencent l'uniformité du traitement. Le plan doit préciser les zones à durcir, la profondeur visée et les duretés acceptables.
6. Durcissement laser et autres méthodes localisées
Le durcissement par faisceau laser permet de chauffer localement une zone de surface et de rechercher un durcissement adapté lorsque l'alliage et les conditions de refroidissement le permettent. D'autres technologies de chauffage superficiel existent.
La faisabilité se juge à partir de la géométrie, de l'accessibilité, de la profondeur demandée et du volume de fabrication. Le nom d'une technologie ne constitue jamais une garantie de précision ou de tenue en service.
7. Dureté superficielle et profondeur utile
Une seule mesure de dureté sur la surface ne décrit pas la totalité d'une couche durcie. La variation de dureté en profondeur, la zone fonctionnelle, la couche de combinaison éventuelle et la dureté du cœur peuvent être déterminantes.
Pour les aciers, ISO 18203:2026 définit des méthodes de détermination des profondeurs de couches durcies, notamment après cémentation, nitruration et durcissement superficiel. Les seuils de mesure et les conditions d'essai doivent être précisés dans la spécification.
IV. Traiter selon les matériaux et la géométrie
1. Aciers au carbone et faiblement alliés
Selon leur teneur en carbone et leur composition, les aciers peuvent présenter des aptitudes très différentes au durcissement. Un acier de construction destiné à être cémenté n'est pas interchangeable avec un acier choisi pour sa trempabilité dans la masse.
La nuance normalisée exacte, les traitements antérieurs, la section, l'exigence de dureté et le risque de fissuration doivent être pris en compte. Se limiter à « acier » dans une DDP est insuffisant.
2. Aciers de décolletage et aciers à usinabilité améliorée
Certains aciers favorisent la formation de copeaux courts grâce à leur composition spécifique. Cette aptitude à l'usinage ne signifie pas qu'ils supportent n'importe quelle trempe, nitruration ou cémentation.
Les éléments d'addition, l'état initial et les contraintes métallurgiques doivent être examinés avec le fournisseur. Lorsque la pièce exige une dureté élevée ou une tenue en fatigue particulière, la nuance doit être validée dès la conception.
3. Aciers inoxydables
Les inox martensitiques peuvent, pour des nuances appropriées, être durcis par traitement thermique. Les inox austénitiques courants ne sont pas durcis par trempe martensitique conventionnelle. Les inox à durcissement structural possèdent leurs propres cycles de mise en solution et de vieillissement.
Le choix doit intégrer également la corrosion et les phénomènes métallurgiques pouvant dégrader certaines caractéristiques si le traitement est inadapté. Le terme « inox » n'identifie pas un procédé thermique.
4. Aluminium et alliages trempants
Les alliages d'aluminium dits « traitables thermiquement » peuvent être renforcés, selon leur famille, par mise en solution, refroidissement contrôlé et vieillissement naturel ou artificiel. D'autres alliages d'aluminium tirent surtout leur résistance de l'écrouissage et ne sont pas renforcés par le même mécanisme.
Une condition comme T6 ou T73 est propre à l'alliage et aux spécifications applicables. Les paramètres de refroidissement peuvent influer sur la déformation et la résistance à la corrosion. Il faut vérifier l'état demandé et l'état de livraison de la matière.
5. Cuivre, laiton et bronzes
Le cuivre et ses alliages regroupent des nuances très différentes. Un recuit peut modifier la ductilité ou l'état d'écrouissage, tandis que certains alliages spéciaux répondent à des traitements de durcissement structural. Les laitons décolletables ordinaires ne doivent pas être assimilés à des aciers trempants.
Pour une pièce de connectique, un ressort ou une bague, les caractéristiques électriques et mécaniques recherchées doivent être spécifiées conjointement.
6. Titane, superalliages et alliages de nickel
Les alliages de titane et les superalliages de nickel exigent des cycles compatibles avec leur composition et leur état initial. Certains répondent à des traitements de mise en solution et de vieillissement, avec des exigences élevées de maîtrise des atmosphères et de la propreté.
Les applications critiques peuvent imposer des spécifications de procédé, des qualifications ou une traçabilité particulières. Aucune capacité de traitement n'est supposée acquise sans vérification auprès de l'entreprise concernée.
7. Géométries délicates : axes, bagues et filetages
Une pièce longue et fine, une bague mince, une denture ou un assemblage de petites pièces n'a pas la même sensibilité aux gradients thermiques. Les trous borgnes, épaulements, ruptures de section et surfaces rectifiées demandent une attention particulière.
Les modalités de chargement, de support, de bridage et de refroidissement influencent le résultat. Le traitement doit être anticipé dans la gamme de fabrication pour réserver, si nécessaire, une surépaisseur de finition.
V. Dureté, contrôles, normes et traçabilité
1. Dureté Rockwell, Vickers et unités de mesure
La dureté peut être contrôlée par différentes méthodes, notamment Rockwell (HRC ou autres échelles) et Vickers (HV). Ces résultats ne doivent pas être confondus : ils correspondent à des principes d'essai, conditions et domaines d'application distincts.
ISO 6508-1:2023 définit des méthodes Rockwell et ISO 6507-1:2023 décrit les méthodes Vickers. Le plan doit préciser l'échelle, la plage acceptée, l'emplacement et, lorsqu'il y a lieu, les conditions de mesure.
2. Mesurer la profondeur durcie
Pour la cémentation, la nitruration ou le durcissement localisé, l'acceptation peut reposer sur un profil de microdureté mesuré en coupe. La profondeur utile dépend de la méthode et du seuil de dureté retenu.
La norme ISO 18203:2026 traite des couches durcies sur acier. Une épaisseur annoncée sans méthode de référence, sans tolérance et sans emplacement de mesure peut être impossible à vérifier correctement.
3. Déformations, ovalisation et variations dimensionnelles
Les variations de forme et de dimensions peuvent provenir de gradients thermiques, de transformations de phase et de contraintes résiduelles. Les contrôles après traitement doivent couvrir les surfaces réellement fonctionnelles : diamètre, concentricité, rectitude, cylindricité, alésages et filetages selon le plan.
Sur des pièces exigeantes, prévoir des essais sur échantillons représentatifs, une gamme de rectification après traitement ou une validation des premiers lots. Aucun procédé ne peut être qualifié de « sans déformation » de manière générale.
4. Détecter fissures, décarburation et défauts métallurgiques
Suivant les matériaux et les applications, les défauts possibles comprennent fissures de trempe, oxydation, décarburation, dureté insuffisante, profondeur non conforme, anomalies de structure ou croissance excessive du grain.
Les contrôles peuvent mobiliser examens visuels et métallographiques, mesures de dureté, essais non destructifs adaptés ou contrôles dimensionnels. Leur choix doit découler des risques de la pièce, et non d'une liste standard imposée à tous les lots.
5. Spécifications de dessin et état final
Le plan technique doit faire apparaître l'état métallurgique souhaité, les zones concernées, les plages de dureté, les profondeurs utiles et les critères de réception. Pour les produits ferreux, ISO 15787:2016, confirmée en 2024, traite de la représentation et des indications de l'état après traitement sur les dessins.
Le document contractuel peut également renvoyer à une spécification matière, une norme de produit, un cahier des charges client ou une instruction d'atelier. Ces références doivent être cohérentes entre elles.
6. Maîtrise du four et traçabilité du lot
Suivant la criticité, l'acheteur peut demander la traçabilité du lot et des pièces, l'enregistrement du cycle, l'identification des équipements, l'étalonnage et l'archivage des résultats de contrôle.
Une qualification de procédé ou de fournisseur peut être exigée dans certains secteurs, notamment aéronautique, automobile ou médical. Il faut vérifier les exigences contractuelles réelles et ne jamais présumer une certification du prestataire.
7. Sécurité industrielle et environnement
Les traitements thermiques mobilisent de l'énergie, des équipements chauds et parfois des atmosphères ou gaz spécifiques. Selon les installations, les risques comprennent incendie, brûlure, atmosphères dangereuses, opérations de trempe et rejets à maîtriser.
Les consommations d'énergie, l'entretien, la surveillance des installations et la gestion des fluides font partie des critères d'appréciation d'un prestataire. Il ne serait pas sérieux de qualifier un traitement de « neutre pour l'environnement » sans éléments vérifiés.
8. Comment lire un certificat de traitement ?
Un document de traitement peut contenir l'identification du lot, la matière, le procédé, l'état attendu, les paramètres ou références de cycle, les contrôles de dureté, les observations et l'identité du prestataire. Son niveau de détail dépend des exigences convenues.
Le certificat ne remplace pas la vérification de la conformité dimensionnelle des pièces si cette responsabilité n'a pas été attribuée au traiteur thermique. La chaîne de responsabilité entre usineur, traiteur et acheteur doit être clarifiée.
VI. Choisir le procédé et le prestataire
1. Partir de l'usage final de la pièce
La fonction guide le choix : résistance à l'usure d'un axe, tenue au contact d'un engrenage, dureté d'un outillage, stabilité géométrique d'un boîtier ou résistance mécanique d'une pièce aéronautique. Une simple indication « à tremper » ne suffit généralement pas.
Le niveau de dureté maximal n'est pas toujours le meilleur résultat. Une pièce très dure mais insuffisamment tenace peut présenter un comportement médiocre en service.
2. Définir la nuance et l'état initial
Transmettre la désignation matière complète, son état de livraison et, lorsque requis, les certificats matière. Indiquer les traitements ou opérations déjà réalisés : écrouissage, soudage, usinage important, redressage ou durcissement antérieur.
Une modification de nuance entre la consultation et la commande exige une réévaluation de la faisabilité du traitement. Le même cycle ne produit pas nécessairement les mêmes résultats sur deux nuances voisines.
3. Préciser les exigences mesurables
Le cahier des charges devrait préciser la dureté et son échelle, la profondeur durcie lorsque nécessaire, les zones de traitement, les cotes après traitement, l'état de surface, les critères de contrôle et la documentation attendue.
Lorsque les tolérances sont très serrées, préciser les possibilités de reprise d'usinage ou de rectification et définir à quelle étape la conformité finale est établie.
4. Vérifier les capacités industrielles du prestataire
Consulter un spécialiste capable de traiter la nuance, la masse, les dimensions, le volume de série et la géométrie concernés. Vérifier la disponibilité du procédé, la maîtrise des atmosphères, les moyens de contrôle et les limites du chargement.
Une capacité annoncée en « traitement thermique » ne garantit pas automatiquement la maîtrise de la nitruration plasma, du vieillissement d'alliages légers ou des exigences d'un secteur réglementé.
5. Anticiper coûts, délais et taille des lots
Les coûts peuvent dépendre du type de four et de cycle, du temps d'occupation, de la charge minimale, du conditionnement, des contrôles destructifs, des éventuels échantillons et des reprises dimensionnelles.
Les petites séries peuvent supporter une part fixe importante. Regrouper des pièces incompatibles pour réduire le prix peut toutefois créer des risques de traitement et de traçabilité. Le délai annoncé doit inclure les contrôles et les étapes d'usinage suivantes.
6. Trois exemples de demandes de prix
- Axe en acier : fournir nuance, diamètre, longueur, plan, dureté de surface et de cœur attendues, zone concernée, tolérance finale et taille de série. Le choix entre induction, nitruration et autres traitements reste à déterminer.
- Pignon : spécifier géométrie, état matière, exigence de tenue à l'usure, profil de dureté et profondeur utile, tout en prévoyant la déformation admissible et les contrôles de denture.
- Pièce en aluminium : indiquer la nuance exacte, l'état métallurgique demandé, les propriétés mécaniques et la tolérance finale pour déterminer si un traitement de mise en solution et vieillissement est pertinent.
7. Préparer un dossier de consultation complet
Réunir le plan coté à jour, la nuance matière, l'état initial, les quantités par lot et annuelles, le calendrier, les exigences de dureté et de profondeur, les zones sensibles, les normes contractuelles et le niveau de contrôle souhaité.
Préciser si la demande porte sur le traitement d'un lot déjà usiné ou sur la fabrication complète des pièces avec traitement inclus. Le réseau Décolletage-Usinage.fr assure la mise en relation avec des fabricants français pour les pièces sur plan ; il ne faut pas présenter cet accompagnement comme une prestation de traitement thermique réalisée directement par le réseau.
Sources techniques et références normatives
Documentation vérifiée en octobre 2026. Les liens ci-dessous renvoient aux pages officielles de normes ou à des références techniques spécialisées. La consultation du texte intégral d'une norme peut être payante. Les exigences contractuelles, sectorielles ou client priment pour chaque pièce.
- ISO 4885:2026 - Vocabulaire des traitements thermiques des matériaux ferreux, édition publiée en juillet 2026 remplaçant ISO 4885:2018.
- ISO 18203:2026 - Détermination de l'épaisseur des couches durcies superficielles sur acier, remplaçant l'édition 2016.
- ISO 15787:2016 - Indications de l'état après traitement thermique sur les dessins de produits ferreux, édition confirmée en 2024.
- ISO 6507-1:2023 - Essai de dureté Vickers.
- ISO 6508-1:2023 - Essai de dureté Rockwell.
- Bodycote - Traitement thermique de précision - Présentation des familles de procédés, à utiliser comme source technique professionnelle et non comme référence normative.
- Bodycote - Mise en solution et vieillissement des alliages d'aluminium - Compatibilités et limites des alliages traitables thermiquement.
- Bodycote - Revenu - Relation entre dureté, ténacité et ajustement des propriétés après trempe.
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